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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 08:18

C'est l'été, profitez-en pour lire ou relire

"Mystère à Figuoland"

l'incroyable enquête du commissaire !

 

titre Figuoland w

 

Avec de l'action, du suspense,

du charme et même un peu de réflexion

garantie sans OGM !... 

 

Retrouvez sans tarder

le maréchal des plantes en pots,

le procureur des lilas,

et toute la population grouillante et potagère de Figuoland !

 

 

 

Tous les chapitres :

  

 
 I - Une découverte intrigante :
http://alsemo.over-blog.com/article-figuoland-une-decouverte-intriguante-110155327.html

 

 II - Une rencontre inattendue : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-une-rencontre-inattendue-2-110399576.html


 III - Un désastre sanglant : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-un-desastre-sanglant-3-110597121.html


 IV - Le charnier asiatique : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-le-charnier-asiatique-4-112230354.html


 V  -  Les granulés de la mort  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-les-granules-de-la-mort-5-113490914.html

 
 VI - Rouges, si rouges, enfin...  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-rouges-si-rouges-enfin-6-113784648.html

      

  

 

 

© Studiobolide Productions

 

 

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 22:36

 

trafics 3759 2 2 w

 trafics 3767 2 w

 trafics 3768 2 w

 

 A suivre...

 

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 18:47

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 12:56

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Pour lire la suite :

 

Partie 3 : http://alsemo.over-blog.com/article-le-verre-c-est-satanique-3-114604398.html

 

© Studiobolide Productions 2005

 

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 17:48

"Le 14 février 1989, l'ayatollah Khomeini a lancé une fatwa de mort

contre Salman Rushdie qui avait publié l'année précédente

son célèbre roman "The Satanic Verses", 

obligeant l'auteur à entrer pour de nombreuses années dans la clandestinité.

Cette affaire m'avait marquée car elle illustrait déjà la montée inéluctable 

d'un intégrisme religieux aux ambitions politiques totalitaires.

J'avais déjà pensé à ce titre cette année là,

mais je n'ai écrit et illustré cette fable qu'en 2005.

Je ne l'ai publiée ensuite sur mon blog qu'en 2013.

Elle est plus que jamais d'actualité, hélas..."

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 13:25

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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 18:55

   Sans que je ne m’en aperçoive le ciel s’était couvert et une chaleur épaisse et humide, annonciatrice d’orage, assourdissait l’atmosphère. La cabane à outils se dressa bientôt devant moi et je m’abritais sous le couvert d’un groseillier pour mieux l’observer. Comme sur le (vieux) potager, il régnait aux alentours de la lourde masse de briques un profond silence électrique. Aucun mouvement non plus. Aucun signe de vie.

  

   En raison des risques et de la peine que me coûtaient les traversées de la pelouse pelée et de l’allée bétonnée, je n’étais pas venu jusqu’ici depuis le drame domestique qui avait failli provoquer l’affrontement de deux puissantes communautés. Une jeune grenouille de bénitier neurasthénique et au chômage s’était maquée avec un vieux crapaud riche et libidineux. Ce dernier avait, sans méfiance, craqué pour la jeune beauté exotique, sa fraicheur, sa parure verte et brillante, rehaussée d’élégantes passementeries jaune vif.  J’avais soupçonné la belle d’avoir affamé son mari jusqu’à ce que mort s’en suive : égoïste et autoritaire, elle avait la langue bien pendue et s’en servait avec adresse pour gober  de manière prioritaire tout ce qui passait à leur portée. Lui, bien qu’il eut encore l’œil vif et la pustule humide, n’avait pas la même aisance et avait rapidement rendu l’âme, après une courte période d’amaigrissement spectaculaire. Je n’avais toutefois rien pu prouver et j’avais proposé la relaxe de la grenouille suspecte au procureur des lilas, faute de preuves. Les communautés batraciennes respectives des deux tourtereaux se dressèrent aussitôt l’une contre l’autre, ce qui n’était pas rien, compte-tenu que finalement ils étaient tous plus ou moins cousins, et s’affrontèrent en une véritable guerre civile autour de la mare, dès le crépuscule, à grands coups de coassements assourdissants. Le procureur des lilas qui souffrait d’insomnie chronique, avait décrété une mobilisation générale de tout ce que Figuoland comptait comme forces de l’ordre, et les batraciens avaient été expulsés manu-militari des environs de la cabane à outils. La mare s’étant asséchée, aucun n’était plus revenu.  Pendant un temps, m’avait-on rapporté, les cavernes obscures et les cavités ombreuses des murailles avaient été occupées par une bande de squamates, nomades bohémiens dont on disait qu’ils m’étaient apparentés !

  

   Pour l’heure, les parois de la cabane à outils semblaient désertiques. Et il flottait dans l’air une douce odeur de vanille.

  

   Je croyais avoir, emporté par le rythme de mon enquête, oublié les pieds lisses, roses et charnus, avec les ongles brillants rencontrés de manière inattendue sous le figuier. Leur vision me revint à cet instant en plein museau avec leur vernis rouge, si rouge… Et je compris subitement que, depuis le début, depuis que j’avais glissé stupidement d’un galet pour me ramasser sur une figue bien pourrie, toute mon agitation, tous mes actes, héroïques ou pas, toutes mes découvertes, le frelon gobé par le sergent des forces spéciales, l’interrogatoire du hérisson, l’imprudente traversée des contrées désertiques, le surprenant charnier asiatique, l’absurde potager civilisé et la militarisation des légumes, n’avaient eu d’autre moteur, d’autre motivation, que la quête de ces ongles rouges, si rouges…
L’entretien impromptu avec la révérende dont je n’avais pas saisi tous le sens des propos, comme d’habitude énigmatiques, m’apparaissait maintenant sous un éclairage différent : serait-il possible, sans tomber dans un ridicule mysticisme, d’admettre que tout était lié, écrit d’avance et me menait vers eux, qu’ils appartenaient, ces ongles rouges, si rouges, à mon destin personnel et qu’ils devaient inéluctablement devenir, miracle accompli, la grâce promise ?
Quelque part, ça me faisait mal que la révérende pût avoir raison, mais - était-ce le parfum de vanille ? - la tête me tournait légèrement et je ne parvenais pas à ordonner logiquement ces pensées tumultueuses qui s’enroulaient sur elle-même, s’entortillaient, se nouaient et laissaient ma cervelle aussi flasque qu’une feuille d’arum fanée.
Cette sale histoire d’odeur de la mort évoquée par le hérisson me revint un instant, mais je ne résistais plus, je cédais brusquement à l’attirance des sirènes olfactives et m’avançais vers la cabane à outils. D’une démarche un peu mécanique, je traversais le trottoir bétonné longé par quelques pieds de tomates dont les feuilles et les fruits écarlates dégouttaient d’humidité. Elle avait bien dit qu’elle allait arroser ses tomates !...
La porte était ouverte et par contraste avec la clarté vitreuse du ciel orageux, l’intérieur de la cabane à outils semblait plongé dans une profonde pénombre. Mais ils étaient là, devant moi, toujours rouges !... Si rouges !...
Tellement rouges …!

 

Figuoland 8 2 w

  

   Mon cœur fit une cabriole et je sentis distinctement qu’il retombait à l’envers dans ma poitrine oppressée.
        - Mais c’est bien mon petit commissaire qui vient me rendre visite ! dit la voix claire et rieuse.
Ma langue desséchée s’était collée contre mon palais, je sentais toutes les écailles de mon corps se ramollir et, chose incroyable pour un type de mon espèce, je crois bien que je me mis à transpirer.
        - Tu as bien fait de venir me voir. Viens, approche, on dirait qu’il va pleuvoir, on sera mieux au fond de la cabane, reprit-elle en chuchotant.
Elle me tutoyait ! Cette familiarité, si rapide, accéléra encore les battements de mon cœur et je sentis mes bajoues se gonfler. Je bredouillais stupidement, pour retrouver un semblant de dignité, quelque chose d’incohérent sur mon enquête en cours, les meurtres, les alignements de légumes, les charniers et même les grenouilles batracides, une vraie salade d’indices incompréhensible.
Elle partit d’un rire clair en secouant ses cheveux blonds et les adorables pieds lisses, roses et charnus, avec les ongles brillants recouverts d’un vernis rouge - si rouge ! - s’agitèrent.
Je les suivis.
Elle me parla de ses tomates, de ses légumes, des limaces voraces et dégoutantes, et de ces saletés de frelons asiatiques, oui, de vrais tueurs, n’est-ce pas, petit commissaire ? Elle me dit que nous étions fait pour nous entendre, que finalement nous étions tous deux du côté de la loi et de l’ordre, que l’écologie – qu’est-ce que c’est ? – est une bien belle chose mais que la nature a besoin d’une bonne correction de temps en temps, et moi, j’étais tellement dans le potage que je n’étais pas bien sûr de tout comprendre. 
        - Oh ! Tu as toujours la peau lisse, et fraiche ! Comme c’est agréable… conclue-t-elle.

  

   La sienne était chaude, douce, parfumée à la vanille, et sa framboise avait un gout sucré.

  

   Quand je me suis réveillé, j’étais seul au milieu de la cabane à outils, couché sur le dos, les quatre pattes en l’air comme un scarabée impotent et j’eus un mal de chien à me remettre d’aplomb. Gavé de vernis rouge et de framboise sucrée, en quelque sorte aurait dit le maréchal des plantes en pots. Je me suis trainé en sinuant vers la sortie et malgré le voile brumeux qui embrouillait ma vision autant que mes idées, je constatais que l’orage n’avait finalement pas éclaté et qu’un soleil tardif déchirait le rang de pieds de vigne de ses rayons obliques. Je me glissais sans méfiance sur le trottoir bétonné et je ne me rendis compte que trop tard de l’ampleur de mon anesthésie : ma langue, dont la puissance olfactive me faisait défaut pour la première fois de ma vie, perçut sans doute l’odeur de la mort, mais celle-ci ne parvint à ma cervelle engourdie que lorsque je l’aperçus devant moi, très près, trop près, trop tard…

 

Figuoland 9 w

 

   J’avais toujours été un peu envieux du procureur des lilas qui avait une déesse à sa disposition. Elle ne semblait pas très agile et se mouvait lentement en trainant ses pieds chaussés de pantoufles roses. Chaque soir, elle l’appelait d’une voix aigrelette en faisant tinter une gamelle. Et notre procureur des lilas, habituellement si bougon, râleur et autoritaire, semblait soudainement se ramollir et filait dare-dare, toutes affaires cessantes, de l’autre côté des géraniums en frétillant de sa courte queue d’une manière comique. Ca paraissait facile, agréable et sans danger.
J’avais maintenant moi aussi ma déesse, avec, hélas ! le démon qui allait avec, comme l’avait prédit la révérende. Mais l’avait-elle prédit, usant d’un don de prédiction extraordinaire ou était-elle tout simplement bien informée ? Dans ce dernier cas, je me promettais bien de lui faire avaler, si l’occasion m’en était donnée, ses prochains augures. Elle s’en mordrait ses pattes de prière, celle-là !

 

   Devant le démon, je m’étais immobilisé instantanément et mes écailles avaient pris la couleur gris sale du béton, me donnant une apparence minérale.
Une sympathique petite luciole, avec qui je blaguais souvent l’été, dès la nuit tombée, ironisant sans méchanceté sur sa piètre vie d’insecte, m’avait dit un jour que je réfléchissais trop. « Moi, je brille, tout simplement » avait-elle ajoutée. Pour l’heure, j’aurais aimé n’être qu’une pierre, tout simplement.
Le démon devait faire sa sieste : il n’avait pas encore tout à fait digéré sa tourterelle et ne m’avait pas encore vu bouger. Je savais que le moindre mouvement, le plus infime clignement de paupière pouvait le faire bondir, griffes en avant et que dans ce cas, mes chances de lui échapper seraient quasiment nulles.
Au moins, piètre consolation, mon affaire était résolue, j’avais le meurtrier de la tourterelle devant moi. Et peut-être le mien, aussi, de meurtrier… Ses griffes et ses canines devaient encore porter les traces sanguinolentes de son méfait.
J’évaluais mes chances : je pouvais tenter d’atteindre en trois coups de pattes le couvert du groseillier, vers ma droite, et me glisser dans une fissure, ou au pire me cacher sous le tapis de mousses, je croyais me rappeler en avoir vu. C’était un peu loin… Je pouvais aussi compter sur l’apparente somnolence du démon et tenter une feinte, foncer vers la droite et le surprendre en virant d’un coup à 180 degrés vers la gauche, laissant ma queue derrière moi, en espérant que l’agitation douloureuse de ce pauvre leurre orphelin retiendrait son attention pendant la fraction de seconde qu’il me faudrait pour atteindre le premier pied de tomates dont la base était garnie d’une épaisse couche de paille. Je serais invalide et médaillé pour bravoure face à l’ennemi, mais sauf. Je pouvais aussi laisser aller le destin et attendre dans cette immobilité de pierre qu’il fasse le premier mouvement, ouvrir un œil, et me gober d’un coup : je suis indigeste, il en aurait des mots d’estomacs, il vomirait ses tripes pendant quelques jours en maigrissant à vue d’œil.
J’hésitais encore.
 

   J’avais connu la grâce, en même temps que ma déesse et je pouvais envisager une retraite paisible dans l’une des innombrables cavités abandonnées du mur de brique de la cabane à outil.
 

   Près d’elle. A tout jamais.

 

   Une goutte de sueur roula sur ma pupille immobile…  A moins que ce ne fut une larme ?

 

   D’un coup, je fonçais vers la droite.
 

 

(Fin)

 

 

 

 Mystère à Figioland, le casting ! : 

 

 http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-le-casting-113856016.html

 

 

 

Tous les chapitres :

  

 
 I - Une découverte intrigante :
http://alsemo.over-blog.com/article-figuoland-une-decouverte-intriguante-110155327.html

 

 II - Une rencontre inattendue : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-une-rencontre-inattendue-2-110399576.html


 III - Un désastre sanglant : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-un-desastre-sanglant-3-110597121.html


 IV - Le charnier asiatique : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-le-charnier-asiatique-4-112230354.html


 V  -  Les granulés de la mort  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-les-granules-de-la-mort-5-113490914.html

 
 VI - Rouges, si rouges, enfin...  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-rouges-si-rouges-enfin-6-113784648.html

      

  

 

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 19:11

   Je comptais bien prendre ma retraite dans peu de temps - peut-être après une dernière boucle de saisons ? - avec une confortable pension de préférence,  afin de me payer un coin de muraille privatif et ensoleillé avec juste une petite fissure chaude et humide pour me préserver des intempéries hivernales et des importuns nocturnes. Cette espérance d’un futur nonchalant avait motivé en grande partie ma carrière. J’avais évité les bévues les plus lourdes, les bavures les plus dégoulinantes et les affrontements incertains. Bref, une carrière sérieuse et prudente, tout ce qu’il fallait pour séduire une hiérarchie davantage préoccupée des apparences que de réels résultats, tout en préservant ma santé et mes pantoufles. Bien sûr, j’avais trouvé quelques contentements dans la résolution d’affaires épineuses telles la disparition subite des abeilles (l’essaim était parti vers les lavandes du  jardin voisin d’après le rapport circonstancié d’un lépidoptère de reconnaissance), les arums mystérieusement flétris au cœur de leur floraison (la sècheresse de l’été dernier, fallait y penser !), et les pitoyables poussins de moineaux écrabouillés au pied de la véranda (des parents indignes et querelleurs, une histoire triste à faire larmoyer les cloportes). Tous ces succès m’avaient valu l’estime du procureur des lilas et une certaine tranquillité routinière.

  

   Mais pour l’heure, je mesurais avec inquiétude les conséquences possibles de cette expédition en découvrant, médusé, l’état dans lequel se trouvait le potager de Figuoland, appelé si justement depuis des temps immémoriaux le « vieux potager ».
Car il n’était plus vieux du tout, le potager.
Il était au contraire sinistrement neuf.
Là ou s’étendait jadis un espace bien désordonné, délicieusement envahi par toutes sortes d’herbes folles, chardon, bourrache, chiendent, ortie et belladone, cigüe et lupin, le tout dominé par les gracieuses ombrelles de quelques fougères royales, se trouvait maintenant un jardin terriblement domestiqué ! Des alignements de plants de poireaux désespérément identiques ! Des rangées de carottes prêtes à défiler pour un jour de fête nationale ! Des plates-bandes de laitues sans flétrissures aucune, comme neuves, lessivées en quelque sorte ! Et avec ça, les vénérables et noueux pieds de vigne, comme rajeunis par la magie d’un coiffeur céleste, cartésien et égalitariste : coupe au bol pour tout le monde !
Je n’étais plus venu par ici depuis l’affaire des processionnaires, une bande d’illuminées qui chenillait en psalmodiant des psaumes abscons à la gloire d’un mythique pin parasol - quelle histoire ! - et avaient mis en émoi tout ce qui rampe, trottine, crapahute, grimpe glisse et grouille, bref toute la petite faune pacifique et besogneuse.
Maintenant, plus personne !... Rien !... Nada !
Des coquilles vides de gastéropodes, beaucoup, un vrai génocide…. Les exosquelettes blafards de quelques épeires, pendus ça et là à un brin de soie invisible… Les pathétiques demi-sphères renversées, pattes repliées, de coccinelles décolorées… Et pas un bruit. Pas un chuintement, pas un craquement, pas même un froissement d’élytres.
Les auréoles sulfateuses sur les feuilles de pampre et, dispersés autour des salades, les sinistres taches bleutées des granulés de la mort confirmèrent mon hypothèse : la messe était dite ! Ce potager était retourné à la civilisation, et ça ne s’était pas fait tout seul !
   - Amen ! Amen ! Trois fois amen !
Je fis un bond qui faillit bien me retourner quand cette voix tomba du ciel sur ma tête !
   - C’est un jour béni ! Voilà le commissaire qui parle de la messe maintenant ! dit encore la voix sarcastique.
Débordé de perplexité, j’avais pensé à voix haute et cette diablesse de révérende venait de me surprendre encore une fois avec sa manie du camouflage. Elle était juste au dessus de moi, immobile, pattes avant jointes, son éternelle aube verte la fondant parfaitement dans le feuillage.
   - Tu cherches quelque chose, commissaire, ou quelqu’un, comme d’habitude, mais tu ne trouveras rien ici : la vérité est ailleurs !
   - De grâce révérende ! suppliais-je en reprenant mon sang-froid, épargne-moi tes salades spirituelles ! Si tu sais quelque chose sur ce qui se passe à Figuoland en ce moment, parle clairement, je t’en prie !
Je n’avais pas de sympathie particulière pour cette dévote mystique qui passait son temps immobile comme une pierre, dans une posture de prière destinée à impressionner les gogos de passage qu’elle assommait de sentences moralisatrices et de prédictions apocalyptiques.
   - Une tourterelle éventrée, un cercle démoniaque,  un potager pétrifié : ça ne t’évoque rien commissaire ? Ne peux-tu, triste mécréant, y voir l’œuvre d’un démon ?

  Figuoland 7 w

   Ce n’est pas que je refusais qu’il puisse y avoir au dessus du couvercle des étoiles une force supérieure – pas une intelligence supérieure, en tout cas, vu la pagaille que c’est ici-bas si on ne s’occupe pas soi-même d’y maintenir un semblant d’ordre – une force donc, ou un courant, ou un flux, que sais-je moi ? Un truc qui coule vers quelque part et nous entraine avec lui, un peu comme les marées dont m’avait parlé avec nostalgie le cousin de Komodo. Mais je n’avais pas d’affinité avec les cultes, les dogmes et toutes ces maniaqueries dépressives, les prières et les génuflexions.
   - Est-ce que ton démon ressemble à un jardinier, révérende ? Car je ne vois ici que l’œuvre impérialiste d’un cueilleur de carottes et de poireaux !
   - Tu es perspicace, commissaire, il faut bien le reconnaitre ! Et là-haut, cette qualité te sera comptée lors du bilan final, tu en auras bien besoin. Et pour te donner un avant-goût de la magnanimité divine qui t’attends et qui m’inspire ici - louée soit-elle pour les siècles et les siècles, amen ! -  je vais te donner mon oracle, sans contrepartie aucune : laisse-toi guider par l’illumination et le miracle s’accomplira : là ou tu trouveras la grâce, tu trouveras le démon…
   - C’est un joli conseil, révérende. Et gratuit en plus, merci. En gros, ça veut dire : continue ton chemin. C’est ce que je vais faire, ne t’inquiète pas. Mais dis au miracle de ne pas trop s’approcher de ma queue, je n’aime pas les familiarités !
   - Va vers ton destin, commissaire, va ! Je vais prier pour toi.
Je lui adressais un court salut de la patte gauche en guise de remerciement. Je ne souhaitais pas la vexer. On racontait beaucoup de choses sur la révérende, mais malgré son aspect sévère et ses pieux délires, elle n’avait, à ma connaissance, jamais commis aucun délit. Certes, on chuchotait bien des horreurs au fond des terriers, sur sa vie de famille - des pratiques sexuelles sadomasochistes avec des amants annuels qui disparaissaient bizarrement juste avant la ponte d’une kyrielle de petits angelots verts - mais bon, personne n’est parfait et tant que ça reste dans la sphère privée…

  

   Je repris ma progression en direction de la cabane à outils que j’apercevais tout au bout des rangs impeccables de l’infanterie légumière : à gauche, un régiment de poireaux, à droite un escadron de carottes. En contournant avec circonspection les cadavres baveux des limaces qui, victimes de leur propre voracité, n’avaient pas résisté au funeste attrait d’un festin de granulés de la mort, je comprenais pourquoi le hérisson, gourmet amateur de gastéropodes, trouvait cet endroit infréquentable.
« Futé comme une limace » disait un proverbe sarcastique de Figuoland...
 

   J’avançais ainsi vers mon destin, la grâce et le démon, selon la volonté divine d’après la révérende, selon une irrésistible intuition, d’après moi.

 

(à suivre...)

 

 

Tous les chapitres :

  

 
 I - Une découverte intrigante :
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 II - Une rencontre inattendue : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-une-rencontre-inattendue-2-110399576.html


 III - Un désastre sanglant : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-un-desastre-sanglant-3-110597121.html


 IV - Le charnier asiatique : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-le-charnier-asiatique-4-112230354.html


 V  -  Les granulés de la mort  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-les-granules-de-la-mort-5-113490914.html

 
 VI - Rouges, si rouges, enfin...  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-rouges-si-rouges-enfin-6-113784648.html

      

  

 

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 12:08

   Je me suis glissé dans l’ombre dense de la touffe de belles de nuit et tout au fond, comme je le pensais,  j’y ai retrouvé mon hérisson, bien calé sur une litière odorante de végétaux en décomposition. Il me regarda approcher d’un œil torve.
     - Qu’est-ce que vous venez encore m’emmerder,  commissaire ? Vous m’avez tiré des pattes de l’aboyeur, d’accord, et moi je vous ai rendu service. On est quitte, non ?
Il soufflait en râlant et hérissait légèrement ses piquants. Une flopée de puces en profita aussitôt pour y faire quelques exercices de barre fixe.
     - Et je te remercie de ta coopération, ça me permettra de te garder sous ma protection. Après ce coup-là, le procureur me consultera certainement avant de te remettre en garde à vue entre ses pattes. Mais dis-moi, quand te décideras-tu à prendre un bain pour te débarrasser de ces bestioles dégoutantes ?
En disant cela, je m’installais confortablement sur une grosse tige verte, fraiche et gonflée de sève, à une distance raisonnable de la forte odeur qu’il exhalait.
     - Ca y est, voilà que le commissaire est venu me faire la morale ! Si je pue commissaire, c’est pour que les casse-pattes de votre espèce s’écartent de mon chemin ! Quand aux «bestioles », commissaire, ce sont mes locataires et y a pas mieux comme compagnie, vu qu’elles sont toutes muettes ! Et que, forcément, en quelque sorte, elles ferment leur gueule, elles !...
Ce qu’il y avait de pratique avec lui, contrairement à tous mes autres informateurs patentés qu’il fallait travailler au corps, c’est que, quand il commençait à parler, on ne pouvait pour ainsi dire plus l’arrêter. Il suffisait alors de l’orienter habilement vers ce que l’on souhaitait entendre. Je me balançais un peu sur ma tige pour avoir l’air plus détendu :
     - Quand même, le procureur a le nez fin, c’est certainement comme ça qu’il t’a débusqué aujourd’hui, pas loin du cadavre de la tourterelle, comme par hasard !
     - Par hasard, exactement ! Je suis un type qui aime la routine, vous le savez, et je passe par là tous les jours pour venir ici, faire ma sieste sous les belles de nuit. Et aujourd’hui, j’étais un peu en retard après la nuit que je venais de passer avec quelques copains sous le figuier… Ah commissaire ! quel régal ces figues fermentées, on en a pris une belle cette nuit !... Bref,  je tombe sur ce tas de viande avec ces mouches, ce truc qui bourdonne autour et mes idées pas très claires.  Et l’autre excité de procureur qui me barre le passage et m’aboie dessus ! Mais je lui ai refilé la dernière génération de mes puces et il n’a pas fini de se gratter !
Il ricanait en disant cela, très satisfait de sa vengeance, et les puces riaient aussi -  silencieusement - en se balançant de plus belle d’un piquant à l’autre.
     - D’accord, je connais tes habitudes, le cadavre était juste sur ton chemin et tu n’y es pour rien, mais toi qui a la manie de fureter partout, le nez au raz du sol, je suis étonné que tu ne l’ais pas repéré plus tôt et que tu te sois fait ainsi surprendre…
     - J’étais bien bourré, commissaire… Mais cette pauvre tourterelle n’a pas été tuée ici… Depuis quelques temps, je rencontre une nouvelle odeur, par ci, par là, genre fumet délicat, un truc pas courant. J’en ai parlé à la Révérende, pas plus tard qu’hier, qui m’a dit que c’était de… de la… de la vanille, je crois… Je ne sais pas ce que c’est…  Un truc fin… Que je n’aime pas !
     - Une odeur de vanille ?… C’est une épice exotique, le fruit d’une fleur, l’orchidée, mais qu’on ne trouve pas chez nous.
Un cousin, originaire de Komodo et qui avait pas mal voyagé, m’en avait parlé : il m’avait raconté, avant de disparaître - qu’était-il devenu, lui qui avait toujours trop froid ? -  des histoires incroyables  sur son pays ou les moucherons avaient un délicieux goût de vanille.
     - Une épice ? Si vous le dites, reprit le hérisson. En tout cas, un truc pas courant. Et puis aussi…
Il s’interrompit, les yeux mi-clos, visiblement inquiet à l’évocation d’un souvenir dérangeant, et commença à rentrer sa tête dans ses épaules. Il fallait faire vite : dans un instant il serait aussi inaccessible qu’un marron dans sa bogue.
     - Et puis ? qu’est-ce que tu as vu, ou sentis ? le pressais-je en sautant au bas de ma tige de belle de nuit.
     - Une autre odeur, commissaire, mais pire que votre truc, la vanille, dit-il dans un souffle. Une odeur et des empreintes infimes de quelque chose de pas beau, qui se déplace sans laisser de trace ou presque… Du côté du vieux potager, ça vient de là, y-a des choses qui ont changé par là-bas, je n’y vais plus ! Mais j’ai encore cette odeur dans le museau… Comme l’odeur de la mort commissaire, l’odeur de la mort !…
Et disant cela, il se replia sur son ventre et referma sa forteresse : l’entrevue était terminée.

 

   En quittant le couvert des belles de nuit je retrouvais avec soulagement la chaleur du soleil. Je n’aime pas l’ombre qui me refroidit la peau et a un mauvais effet sur mon mental. Mes extrémités étaient engourdies et une partie de ma conscience, glissant vers un état vaguement léthargique, s’encombrait d’un souvenir envahissant : le rouge, si rouge, s’étalait comme un décor de scène au fond de ma pensée et mes idées dansaient mollement comme des personnages d’opérette… Néanmoins, je rassemblais ma conscience professionnelle et d’un pas hésitant, plus sinueux qu’à l’habitude, me dirigeais vers mon destin : direction le vieux potager, les choses qui ont changé, la vanille… Et l’odeur de la mort...

 

   Le chemin est long pour atteindre le vieux potager. Il faut contourner le romarin, franchir un amas de rocaille, descendre une pente aride à travers des pieds de thym cacochymes. A gauche, l’ombre d’un lierre conquérant s’élance vers le ciel, appuyé sur une muraille. A droite une étendue herbeuse chaotique s’étire à perte de vue, une vraie savane d’herbes folles parcourue par des sauterelles aussi farouches que bondissantes. Déjà, cette partie du trajet n’est pas franchement rassurante, le trèfle y est malingre, les pissenlits faméliques et les mousses desséchées qui vous râpent le ventre n’offrent aucune protection : on est y exposé à tous les dangers venus du ciel ou d’ailleurs.

 

   Mais le plein soleil réchauffa rapidement mes pattes et ma cervelle et le manomètre de mon mental indiqua bientôt la pression maximale. Ca tombait plutôt bien puisque j’arrivais devant le pire endroit qu’il puisse exister aux marches de Figuoland : une vaste étendue encore plus brûlante - ça c’est plutôt bien ! - et aussi découverte que l’étape précédente. C’était un genre de pierre grise poussiéreuse, sans faille ni fissure, presque lisse, ou même les cloportes ne se risquaient pas en plein jour. Seules quelques fourmis anonymes et aventureuses pouvaient y vagabonder à leur guise et y retrouver leur chemin - on se demande comment elles font. Pour ma part, j’avais un repère visuel vers le nord, la masse vert délavé du composteur, celui-là même dont les pieds aux ongles rouges - si rouges ! - m’avaient rappelé l’existence. Et je savais aussi que c’était une véritable oasis au bout du désert pour un type comme moi : il y règne tout autour une humidité permanente et bienfaisante qui suinte entre les herbes et attire un nuage de moucherons aussi gras que stupides. Je me lançais sans hésiter et à toute allure à travers ce dernier obstacle, sans quitter le composteur des yeux.

 

   J’arrivais presque au pied du composteur quand je tombais dessus. Je faillis même foncer dans le tas. Car à vrai dire, c’était bien un tas ! Un charnier plutôt. Un charnier asiatique pour être précis, puisque composé exclusivement de cadavres de  frelons de belle taille. Je restais un instant interdit devant le spectacle étonnant de ces prédateurs redoutés, maintenant inertes, recroquevillés sur eux-mêmes, avec leur masque jaune et leur abdomen gonflé strié de bandes noires : six cadavres étrangement disposés en cercle…

Figuoland 6 w

   Six cadavres, plus le notre, gobé par le sergent des forces spéciales, ça faisait donc sept frelons ! On n’en avait jamais vu autant ! Cela signifiait deux choses : premièrement, il devait y avoir un nid quelque part, assez loin puisque que ces engins étaient capables de parcourir de longues distances pour chercher leur pitance, et deuxièmement,  Figuoland était devenu un de leurs terrains de chasse. D’autre part, leur disposition peu naturelle laissait à penser que leur exécuteur lançait ainsi un sérieux avertissement à toute leur communauté…

 

   Mais quelle patte aussi facétieuse qu'invincible avait bien pu se livrer à une telle mise en scène ?...

 

 (à suivre...)

 

   
Tous les chapitres :

  

 
 I - Une découverte intrigante :
http://alsemo.over-blog.com/article-figuoland-une-decouverte-intriguante-110155327.html

 

 II - Une rencontre inattendue : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-une-rencontre-inattendue-2-110399576.html


 III - Un désastre sanglant : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-un-desastre-sanglant-3-110597121.html


 IV - Le charnier asiatique : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-le-charnier-asiatique-4-112230354.html


 V  -  Les granulés de la mort  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-les-granules-de-la-mort-5-113490914.html

 
 VI - Rouges, si rouges, enfin...  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-rouges-si-rouges-enfin-6-113784648.html

      

  

 

 

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 22:15

  Je suis resté comme ça, à regarder fixement la trace légère laissée par leur passage, et les brins d’herbes qui se relevaient lentement, comme étourdis. Avec mes deux pattes en l’air, j’ai fini par glisser de mon galet et je me suis ramassé sur une figue bien pourrie.
Un vacarme de tous les diables, au dessus de ma tête, m’a brutalement ramené à la réalité. Une compagnie d’étourneaux de la brigade de surveillance des prés carrés (la B.S.P.C.) venait de se poser sur les plus hautes ramures du figuier. Comme d’habitude, leur formation impeccable s’était pulvérisée à l’atterrissage et la multitude d’ordres et de contre-ordres braillés par tous les galonnés – et ils sont tous galonnés, semble-t-il – en rajoutait encore au désordre indescriptible.
Avec une telle bande d’imbéciles, il est bien gardé le pré, pensais-je en soulevant avec dégoût une de mes pattes engluées. Toutefois, si l’on avait déplacé ces rigolos, c’est qu’il se passait quelque chose de grave.
D’extrêmement grave !
Les aboiements du procureur des lilas provenant de derrière la grande touffe de romarin confirmèrent cette hypothèse, et je me mis en route car c’est sûr, j’allais être concerné par ce qui se passait là-bas, on ne peut décidemment pas être tranquille une minute aujourd’hui, et ces ongles rouges, si rouge… L’action permit au voile de buée que j’avais devant les idées de se dissiper.
Ca, c’est la bonne nouvelle, me dis-je en me glissant entre les touffes d’herbe avec une aisance retrouvée, allons voir la mauvaise…


  La brigade des jardins maintenait un cordon impénétrable tout autour du vénérable pied de thym, et le maréchal – en quelque sorte – me repéra immédiatement :
      - Jetez un coup d’œil à ce désastre, commissaire, on aura tout vu maintenant, mais gardez vos distances et allez voir le procureur avant qu’il ne nous fasse une apoplexie, en quelque sorte, dit-il d’une voix blanche.

Il en avait les élytres toutes gondolées d’émotion et ses galons, d’habitude si brillants, semblaient lessivés à force d’être pâles.

Figuoland 3 w

  Au moins, c’était clair, ce n’était pas une colombe, la situation internationale – déjà vacillante donc – resterait inchangée. Le cadavre était dans un état abominable comme si la pauvre bête avait été explosée, et l’herbe tout autour, sauvagement piétinée, était parsemée de débris de plumes et d’éclats sanglants : une tourterelle, d’origine turque très certainement, un mâle c’est sûr, qui devait laisser derrière lui une compagne, veuve et éplorée maintenant, ainsi qu’une tripotée de petits de la dernière couvée. Un meurtre, de toute évidence, d’une moindre importance politique, mais tout aussi navrant. De grosses mouches vertes se gavaient sans vergogne des sucs et des viscères, mais j’étais habitué à la présence instantanée de ces répugnants charognards sur les scènes de crime. Non, ce qui m’ennuyait c’était le gros là, taille fine et costume rayé de noir et jaune, un authentique frelon asiatique qui ripaillait et bourdonnait, sûr de lui, devant les yeux atterrés des forces de l’ordre.

 Figuoland 5 w

 

 On s’en méfie, on ne les aime pas, il faut bien le dire. L’asie est pour nous une province éloignée, on ne sait même pas s’il y a de vrais jardins civilisés et nous n’avons que très peu de renseignements dans nos dossiers sur ces immigrants peu sociables. On sait seulement que ce sont de redoutables intégristes qui vouent une fidélité sans limite à leur reine, laquelle fait preuve d’une orthodoxie impitoyable vers la fin de l’été. Une secte, quoi. Mais une secte dangereuse et puissamment armée. Même nos bruyants étourneaux de la B.S.P.C. ont le bec trop fin pour s’attaquer à eux.

 

  Le procureur était effectivement dans un état d’agitation extrême : son échine habituellement si bien peignée était toute hérissée, sa grande carcasse tressautait toute seule sans que ses pattes semblent y être pour quelque chose et son toupet frontal, électrisé, menaçait d’expulser d’un instant à l’autre le ravissant chouchou rose qui le maintenait en place, et de l’envoyer valdinguer comme un bouchon de champagne. Il claquait des canines en parlant et bavait généreusement sur le hérisson qui faisait  prudemment le gros dos entre ses pattes avant.
      - Ou étiez-vous, bon sang, commissaire ? On a attrapé celui-là qui rodait encore par ici, et ça m’étonnerait que ce vagabond ne soit pas mêlé à cette affaire, mais il fait sa forte tête et ne décroche pas un mot !
Le hérisson payait là, encore une fois, la mauvaise réputation qu’il s’était forgé lui-même avec son mode de vie peu conventionnel : un peu anarchiste sur les bords, c’était un noctambule peu amical, toujours à ronchonner dans les fourrés, ne respectant personne et bousculant tout sur son passage. Il passait le plus clair de ses journées à dormir, comme un clochard, dans n’importe quel coin du jardin, tantôt ici, tantôt là, pourvu qu’il y ait un bon tas de feuilles, pourries de préférence. D’ailleurs il puait la moisissure et était couvert de vermines. Mais c’était un de mes informateurs préférés, qui connaissait bien les bas-fonds des fourrés, tout le petit peuple rampant, les punaises, les blattes et les cancrelats qui savent tout sur tous. Avec le temps, il s’était établi comme une forme de complicité entre nous, et en échange de ses tuyaux de première bourre, je le laissais prélever sur le cheptel une quantité raisonnable de gastéropodes.
      - Et alors commissaire, ce n’est pas le moment de rêvasser ! aboya le procureur. Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous croyez que je vais faire votre boulot ? Décoincez-moi cette situation !
      - Sauf votre respect, ça m’étonnerait que ce pauvre diable de hérisson y soit pour quelque chose, monsieur le procureur. Mais vous avez bien fait de le garder, assurais-je en jetant un clin d’œil rassurant à l’adresse de la boule piquante. Je pense qu’il peut nous être utile pour régler le problème du frelon. Si vous me faites confiance, bien entendu…
      - Si vous avez une idée pour nous débarrasser de cet épouvantail bourdonnant, mettez-là en application, grogna-t-il. Vous avez carte blanche, prenez le sergent avec vous, je n’ai que ça à vous offrir.

 

  Prévoyant, le procureur avait déjà fait appel aux forces spéciales qui avaient dépêché l’un des leurs, un sergent, sanglé dans son uniforme noir et blanc, avec une queue de pie impeccable qui aurait pu le faire passer pour un noceur de grande classe, s’il n’avait eu une carrure impressionnante. Malgré son regard sévère, il ne devait pas être bien malin, mais c’était certainement une bête de combat. Je ne lui en demanderais pas plus.
En alliant l’intelligence à la force brutale et à l’innocence, j’étais sûr de venir à bout de l’insecte qui, lourdement chargé maintenant, commençait à s’énerver.
Comme à la manœuvre, je fis avancer mon hérisson par la droite, et il fit, comme je m’y attendais, ce qu’il savait si bien faire : il fonça dans le tas, tête rentrée, droit vers le frelon qui lui faisait face. Le sergent des forces spéciales referma la tenaille par la gauche pendant que l’hyménoptère, imbécile et sûr de lui, attendait le dernier moment pour s’élever lentement avec son abdomen gonflé et virer vers sa droite. Le bec puissant et précis le cueillit au passage et il fut gobé dans l’instant avec un petit craquement sec de chitine écrasée, tandis que le hérisson passait en flèche, provoquant une belle pagaille dans la nuée des mouches nécrophages et filait aussi sec vers l’ombre profonde d’une large touffe de belles de nuit.

 

  J’étais assez content de moi. Et le procureur aussi apparemment, qui me gratifia d’un « Bien joué commissaire ! » avant de reprendre sans tarder, de sa démarche lourde et chaloupée, la direction des géraniums et des rosiers. Il jeta au passage un salut militaire au sergent des forces spéciales qui, le bec dégoulinant de fluides peu ragoutants, s’appliquait encore à déglutir. Ca n’avait pas l’air de passer tout seul.
      - Retrouvez l’ignoble individu qui a écrabouillé cette malheureuse tourterelle, commissaire ! aboya encore le procureur. Elle était peut-être un peu turque sur les bords, mais il ne sera pas dit que notre république potagère se désintéresse du sort du moindre de ses citoyens. Et puis on doit bien ça à sa veuve. Avant ce soir, commissaire !
Une grande âme sensible dans un corps de brute épaisse, en fait, ce procureur, pensais-je, légèrement ému.

 

  Déjà, les nettoyeurs avaient été convoqués par le maréchal des plantes en pot – toujours efficace, celui-là, en quelque sorte – et une longue file d’ouvrières noires s’étirait depuis les profondeurs de la haie de troènes. La compagnie d’étourneaux s’envola dans un grand bruit d’ailes froissées et repris aussitôt – par miracle ? – une formation impeccable qui ondulait et virevoltait avec grâce.
      - Des incapables qui en mettent plein la vue quand ils se promènent, grommela le maréchal. Mais il faut reconnaître qu’ils savent voler, ça oui, en quelque sorte, ajouta-t-il en s’éloignant avec ses acolytes.

 

  Le calme après la tempête : dans peu de temps, tout serait nettoyé et, perchée quelque part, du côté du grand pin, la tourterelle veuve devait se préparer discrètement à passer l’hiver seule.
Mon travail ne faisait que commencer en fait, et il ne me restait que peu de temps avant le crépuscule.

 

(à suivre...)

     

   

 

Tous les chapitres :

  

 
 I - Une découverte intrigante :
http://alsemo.over-blog.com/article-figuoland-une-decouverte-intriguante-110155327.html

 

 II - Une rencontre inattendue : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-une-rencontre-inattendue-2-110399576.html


 III - Un désastre sanglant : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-un-desastre-sanglant-3-110597121.html


 IV - Le charnier asiatique : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-le-charnier-asiatique-4-112230354.html


 V  -  Les granulés de la mort  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-les-granules-de-la-mort-5-113490914.html

 
 VI - Rouges, si rouges, enfin...  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-rouges-si-rouges-enfin-6-113784648.html

      

  

 

 

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