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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 20:41

"Lygie"

Acrylique sur toile

(80 x 100 cm) 2014

Peinture : "Lygie"...

Extrait du texte d'Amélie Nothomb

sur Lygie, dans son roman "Attentat" :

 

 (Le héro du roman, Epiphane Otos, jeune homme extrêmement laid, vient de lire l'histoire de Lygie, jeune vierge chrétienne romaine jetée par Néron dans l'arène, ligotée sur l'echine d'un taureau furieux. Il se prend alors à revivre en rêve la scène du sacrifice de la malheureuse...)

 

 « Lygie nue est accrochée à mon dos. Je sens ses fesses virginales et ses reins archangéliques. Ce contact me rend fou, je me mets à ruer, à sauter, à courir. A force de gesticuler, le corps de Lygie se retourne à cent quatre-vingts degrés. Ses seins pointus se collent à mes omoplates, son ventre et son sexe sont écartelés sur mon échine saillante. Je suis un aurochs et tout ceci me déchire la cervelle. Furibard, je décide que cette créature tombera de moi.
   Je ne suis que bonds et rebonds, je me cabre, je me dépoitraillé. Les cordes se relâchent, Lygie coule sur le sol, elle ne tient plus à moi que par un pied. Je galope en la traînant par terre comme le cadavre qu'elle sera bientôt. Ses jambes écartées dévoilent à la foule une virginité qui n'en a plus pour longtemps. La princesse souffre de cette indécence et j'en suis content. Tu as mal, Lygie ? C'est bien — et ce n'est rien comparé à ce qui t'attend. 

   En une dernière et athlétique ruade, je parviens à détacher de moi la jeune fille qui effectue un vol plané et s'effondre dix mètres plus loin. Le peuple romain ne respire plus. Je m'approche de la proie et je contemple son joli derrière. Je la retourne avec mon sabot et j'adore la peur qui jaillit de ses beaux yeux, j'adore le frémissement de ses seins intacts.
   Le plus grave, Lygie, c'est que tu es d'accord. Et tout le monde est d'accord sur ce point : où serait l'intérêt d'être une jeune vierge chrétienne si ce n'était pour être défoncée par un taureau coléreux ? 
(…)

   Il n'y a pas plus chrétien qu'une vierge martyre, il n'y a pas plus païen qu'un taureau furieux : c'est pour ça que le peuple est si content. Il en aura non pas pour son argent, puisque le spectacle est gratuit, mais pour sa haine, sa propension naturelle à détester les lys et les salamandres.
   Selon Homère, le front du taureau est le symbole de la bêtise. Il a raison. J'aime être un aurochs parce que j'aime être bête. Et c'est en vertu de ma bêtise que l'on te livre à moi avec tant de joie : si j'étais le rusé renard, on ne m'eût pas offert pareil cadeau. Tu vois, c'est bien d'être bête.

   Il n'est plus temps d'avoir peur, il est temps d'avoir mal. J'enfonce mes cornes dans ton ventre lisse : c'est une sensation fabuleuse. Quand tu es agrippée, je te hisse par-dessus ma tête. Les gens hurlent et toi tu cries. Je suis le héros du jour. Je me balade avec toi comme couvre-chef : à ma gauche, tes jambes, à ma droite, tes bras, ton visage pâmé, tes cheveux qui balaient le sol. Très fier de moi, je fais un tour de piste pour recueillir les applaudisse¬ments du public. Lorsque ces amusements ne suffisent plus à mon ivresse, je passe aux choses sérieuses. Mes cornes sont en toi mais elles ne t'ont pas transpercée : je me cabre à plusieurs reprises de sorte que tu t'enfonces sur moi.
   Chaque fois que je retombe par terre, je me sens plus loin en toi. Arrive enfin ce qui devait arriver : un craquement, et mes cornes ont franchi ton ventre, elles ressortent par ton dos et tes reins, leurs pointes sont à l'air libre. Les gens les voient et m'acclament de plus belle. Je suis content.
   Je me mets à bondir comme un fou pour manifester mon triomphe. Ton sang dégouline à présent sur mon front et dans mon cou. Il parvient à mes naseaux, son odeur m'enrage. Il coule jusqu'à ma bouche, je le lèche, il a le goût du vin nouveau, il me saoule. Je t'entends gémir et ça me plaît.
   A force de gesticuler, un voile rouge me recouvre les yeux : c'est ton sang qui m'aveugle. Je ne vois plus rien et ça m'énerve : je cours sans savoir où je vais, je me fracasse plusieurs fois contre les murs de l'arène, ça doit te faire mal. De guerre lasse, je penche ma tête contre le sol : tu tombes de mes cornes le long de ma tête, ta peau essuie mes yeux et me rend la vue.

   Tu es couchée par terre, tu respires encore. Je contemple ton ventre lacéré par mes soins : c'est magnifique. Ton visage blafard a une expression exaltée, proche du sourire : je savais que tu aimerais ça, Lygie, ma Lygie, maintenant tu es vraiment à moi.
   Et comme tu es à moi, je fais de toi ce que je veux. Je viens boire le sang tiède dans ton ventre, révélant ainsi que les taureaux cessent d'être végétariens devant les vierges.
Ensuite, sous les acclamations du peuple de Rome, je te piétine jusqu'à ce que ton corps soit méconnaissable. C'est un défoulement exquis. Je laisse ton visage intact afin que ses expressions restent lisibles : car ce qui m'intéresse, c'est comment ton âme se porte. (…) Le tableau est admirable : il y a cette bouillie informe qu'est ton corps, qui ressemble désormais à un fruit éclaté, et au-dessus de cette compote il y a ton cou parfait et ta figure au sommet de sa grâce. Tes yeux boivent le ciel, à moins que ce ne soit le contraire. Tu n'as jamais été aussi belle : en martelant ta carcasse avec mes sabots, j'ai fait remonter toute ta splendeur vers ta tête, comme s'il s'était agi d'un tube de dentifrice.
   Ainsi, grâce à moi, il t'est donné d'être parfaitement idéalisée. Je mets mon oreille d'aurochs près de ta bouche et je guette ton dernier soupir. Je l'entends s'exhaler, c'est plus délicat qu'une musique de chambre — et au même instant, toi et moi, nous mourons de plaisir.
(…)

   Entre-temps, j'ai onze ans, je retire l'oreiller que j'avais écrasé sur mon crâne et je me lève, pantelant de délectation. Mon cerveau a été soufflé comme un immeuble sous l'effet d'une explosion nucléaire. J'ai joui si fort que je dois être devenu beau : je cours vérifier cette conviction dans le miroir.
   Je regarde mon reflet et j'éclate de rire : je n'ai jamais été aussi laid. »

 

Amélie Nothomb, « Attentat » (Ed. le livre de Poche)

 

Peinture : "Lygie"...

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 16:44

Arum...

Photographies : "Coeurs de fleurs" (suite)...
Photographies : "Coeurs de fleurs" (suite)...

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 09:53

Qui sait que Toulouse

a les pieds dans l'eau ?...

Photographies : "Toulouse sur mer"...
Photographies : "Toulouse sur mer"...
Photographies : "Toulouse sur mer"...

Que quelques quartiers,

sous le soleil,

prennent des airs balnéaires ?...

Photographies : "Toulouse sur mer"...
Photographies : "Toulouse sur mer"...
Photographies : "Toulouse sur mer"...
Photographies : "Toulouse sur mer"...
Photographies : "Toulouse sur mer"...

Que ses quais alignent

une flotille

de port de plaisance ?...

Photographies : "Toulouse sur mer"...
Photographies : "Toulouse sur mer"...

Et que le petit fils du "Karaboutjan",

le célèbre cargo du "Crabe aux Pinces d'Or"

semble y avoir élu domicile ?...

Photographies : "Toulouse sur mer"...

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 15:38

"Le grand abandon mou

qui entoure la ville..."

 

hangar 10 w

 

"Avec ma mère, nous fîmes un grand tour dans les rues proches de l'hôpital,
un après-midi, à marcher en traînant dans les ébauches des rues qu'il y a
par là, des rues aux lampadaires pas encore peints, entre les longues façades
suintantes, aux fenêtres bariolées des cent petits chiffons pendants,
les chemises des pauvres, à entendre le petit bruit de graillon qui crépite
à midi, orage des mauvaises graisses..."

 

hangar 8 w

 

"Dans le grand abandon mou qui entoure la ville,
là ou le mensonge de son luxe vient suinter et finir en pourriture,
la ville montre à qui veut le voir son grand derrière en boîtes à ordures..."

 

hangar 8 2 w


"Il y a des usines qu'on évite en promenant, qui sentent toutes les odeurs,
les unes à peine croyables et où l'air d'alentour se refuse à puer davantage..."

 

hangar 9 w

 

 "Tout près, moisit la petite fête foraine, entre deux hautes cheminées inégales,
ses cheveaux de bois dépeint sont trop coûteux pour ceux qui les désirent,
pendant des semaines entières souvent, petits morveux rachitiques,
attirés, repoussés et retenus à la fois, tous les doigts dans le nez,
par leur abandon, la pauvreté et la musique."

 

Extrait de "Voyage au bout de la nuit" de céline.

 

 

Photographies : @lsemo 2014

Série "Hangars"

(Dans l'ordre : "hangar 10", "hangar 8", "hangar 82", "hangar 9".) 

 

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 23:14

 

"Marquises"

Acrylique sur toile

(115 x 140 cm)

2014

Marquises w

 

"Ils parlent de la mort
 Comme tu parles d'un fruit
 Ils regardent la mer
 Comme tu regardes un puit
 Les femmes sont lascives
 Au soleil redouté
 Et s'il n'y a pas d'hiver
 Cela n'est pas l'été
 La pluie est traversière
 Elle bat de grain en grain
 Quelques vieux chevaux blancs
 Qui fredonnent Gauguin
 Et par manque de brise
 Le temps s'immobilise
 Aux Marquises"

(Jacques Brel)

 

Marquises (détail 2) w

(Détail 1)

 

Marquises (détail 1) w

(Détail 2)

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 22:21

"Au lendemain de Noël, tout devint pour elle d'une clarté effroyable.

Elle ignorait comment celà s'était passé,

et elle ne savait pas non plus ce qu'elle allait en faire.


Elle était amoureuse pour la première fois de ses vingt-cinq ans.

 
Elle s'en fichait qu'il ait presque le double de son âge.

Tout comme du fait qu'il était l'une des personnes

dont on parlait en Suède en ce moment,

et qui apparaissait même sur la couverture de Newsweek

- tout cela n'était que du blabla.

unknow 7 w


Mais Mickael Blomkvist n'était ni un fantasme érotique ni un songe éveillé.

Cela aurait une fin et ça ne pourrait pas fonctionner.

A quoi lui servirait-elle ?

Elle était à la rigueur une façon de passer le temps

en attendant quelqu'un dont la vie n'était pas un foutu nid de rats.

 
Elle comprit tout à coup que l'amour était l'instant

où le coeur est sur le ploint d'éclater."

 

Stieg Larson
"Millenium 1"
(Les hommes qui n'aimaient pas les femmes)

Editions "Babel Noir"

 

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 13:39

"Nothing more"

Acrylique sur toile

(70 x 90 cm)

2014

Nothing more w

 

Détails :

Nothing more (détail 1) wNothing more (détail 3) w

 

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 19:01

Sexual ACT w

"Sexual ACT"

Acrylique sur toile

(70 x 90 cm)

2014

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"Romeo et Juliette"

(extrait de l'Acte I - Scène 5)


Roméo, prenant la main de juliette :

"Si j'ai profané avec mon indigne main cette châsse sacrée,

je suis prêt à une douce pénitence :

permettez à mes lèvres, comme à deux pèlerins rougissants,

d'effacer ce grossier attouchement par un tendre baiser."

 
Juliette :

"Bon pèlerin, vous êtes trop sévère pour votre main

qui n'a fait preuve en ceci que d'une respectueuse dévotion.

Les saintes mêmes ont des mains que peuvent toucher les mains des pèlerins ;

et cette étreinte est un pieux baiser."

 
Roméo :

"Les saintes n'ont-elles pas des lèvres, et les pèlerins aussi ?"

 
Juliette :

"Oui, pèlerin, des lèvres vouées à la prière."

 
Roméo :

"Oh ! alors, chère sainte,

que les lèvres fassent ce que font les mains.

Elles te prient ; exauce-les,

de peur que leur foi ne se change en désespoir."

 
Juliette :

"Les saintes restent immobiles, tout en exauçant les prières."

 
Roméo :

"Restez donc immobile,

tandis que je recueillerai l'effet de ma prière.

Vos lèvres ont effacé le péché des miennes."

 
Juliette :

"Mes lèvres ont gardé pour elles le péché qu'elles ont pris des vôtres."


Roméo :

"Vous avez pris le péché de mes lèvres ?

Ô reproche charmant !

Alors rendez-moi mon péché."


Juliette :

"Vous avez l'art des baisers."

 

(William Shakespeare)

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(Merci à Gilles Rieu qui m'a fait remarquer cet extrait)

 

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 09:11

(Jour 7)

 

Je rêve de violentes étreintes

De caresses indiscrètes

De lèvres entrouvertes

De nos corps emmêlés

Jusqu'aux profondeurs brûlantes

Des cavités secrètes

 

20140221 234705 w

 

 

(Textes & photos : @lsemo 2014)

 

"Je rêve..." (Jour 1) (Jour 2) :

http://alsemo.over-blog.com/article-paroles-je-reve-jour-1-jour-2-122637480.html

"Je rêve..." (Jour 3) (Jour 4) :

http://alsemo.over-blog.com/article-paroles-je-reve-jour-3-jour-4-122740614.html

"Je rêve..." (Jour 5) (Jour 6) :

http://alsemo.over-blog.com/article-paroles-je-reve-jour-5-jour-6-122778315.html    

"Je rêve..." (Jour 7) :

http://alsemo.over-blog.com/article-paroles-je-reve-jour-7-123147569.html

 

 

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 09:01

"L’amour était sans doute en toi depuis ta naissance,

de même que sa petite sœur, la gaieté.


Le désespoir a dû venir avec l’éclat de tes seize ans,

avec l’intuition qu’il n’y a jamais de répondant à l’amour,

que l’amour est comme dans ce livre d’Emilie Brontë :

un fou qui court les montagnes et dort dans les genêts,

une parole déchirée par le vent, sans écho.

 

Les hommes ne savent pas répondre à cette parole-là.

Il ne faut pas trop leur en vouloir.

Qui sait répondre au vent qui court dans les genêts ?"

 

Christian Bobin
"La plus que vive"

 

unknow 12 w

 

Les textes de la série "Paroles : à propos de..."

sont extraits de l'ouvrage de Chritian Bobin,

"La plus que vive"

(Editions gallimard - Collection "L'un et l'autre")

Christian Bobin (La plus que vive) w FB

 

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