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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 18:43

  Evidemment, le procureur des lilas m’a intercepté à la hauteur des géraniums :
      - Vous voilà commissaire ! C’est peut-être une sale affaire que nous avons là ! J’ai mis la scientifique sur le coup, pour que l’on sache au plus vite s’il s’agit bien, comme je le redoute, et vous aussi sans doute ? de plumes de colombe !
Le procureur était un étrange mélange de force bestiale et de coquette légèreté. En dépit de sa corpulence massive et de son large mufle, son cou épais s’ornait  en toute circonstance d’une navrante collerette rose et verte ornée de petites fleurs blanches et, sur le sommet du crane un curieux petit toupet retenu pas un chouchou lui donnait, il faut bien le dire, un air de midinette.
      - Dans la situation internationale actuelle, reprit-il avec une véhémence d’orateur, le meurtre d’une colombe, ici, à Figuoland, serait interprété comme une attaque directe contre la civilisation jardinière, un attentat bucolique, un acte aussi rustique que terroriste qui prendrait une signification symbolique, et bousculerait durablement tous les principes de notre république potagère ! Un symbole commissaire, vous comprenez ? Ce serait le meurtre d’un symbole!
Ses joues épaisses en tressautaient d’indignation.
      - Je compte sur vous, commissaire, il  y va de la quiétude et de l’avenir de notre communauté !
Il a fait demi-tour sans attendre la moindre réponse, et j’ai regardé un peu stupidement s’éloigner son arrière-train, auréolé d’un nuage de fine poussière.
      - Et peut-être davantage ! a-t-il encore aboyé avant de disparaitre derrière les rosiers.
Je le savais bien  que cette histoire de colombe pouvait rapidement prendre une tournure politique, mais pour l’heure, je m’en fichais un peu : je n’avais pas eu le temps de déjeuner, le soleil s’approchait de son zénith et la chaleur pesante de cette fin d’été m’invitait urgemment à faire une pause.

 

  Je retournais sous le figuier que la brigade du maréchal des plantes en pots avait diligemment débarrassé des traces les plus visibles afin de ne pas affoler inutilement les riverains. J’y trouvais, tout près du tronc de l’arbre,  une fort belle pierre, un galet bien lisse et d’une taille tout à fait adaptée à la situation, et dont la tiédeur, quand j’y fut confortablement installé, le museau tourné vers un délicieux filet de soleil, me plongea instantanément dans une immobilité minérale. Quelques moucherons imbéciles, attirés par les émanations sucrées des figues écrasées dans l’herbe me voletaient devant les narines et, je dois l’avouer, il m’arriva de tirer la langue à plusieurs reprises.

 

  Je réfléchissais, donc, les paupières baissées, quand un glissement dans l’herbe, tout proche, me remit en éveil, et je ne dû qu’à mon entrainement d’enquêteur spécial de ne pas basculer de mon galet car  je les vis, là, devant moi, tout près,  lisses, roses et charnus, avec des ongles brillants recouverts d’un vernis rouge…  si rouge !…

Figuoland 2 w

      - Et alors commissaire, on baille aux corneilles et on gobe les mouches ? »
Elle avait une voix claire et rieuse. Elle était blonde. Et je crois que je me suis raclé la gorge avant de répondre avec un peu de précipitation :
     - Désolé mademoiselle, je ne peux rien dire, je suis chargé ici d’une enquête officielle diligentée par le procureur des lilas lui-même ! »
      - Ah très bien ! J’adorerais que vous m’interrogiez  alors !... Elle s’assit dans l’herbe, tout près de mon galet, et les ongles rouges - si rouge ! - gigotaient devant mon museau…
Malgré mon trouble, je déployais tout le professionnalisme dont j’étais capable en situation de crise. Bien entendu, elle ne savait rien des plumes, ni de leur origine, ne fréquentant qu’occasionnellement ce coin de jardin, trop occupée comme elle l’était avec son potager. Elle ne s’intéressait guère aux volatiles, affirmait-elle, toujours de sa voix rieuse, et consacrait toute son attention à surveiller ses pieds de tomates.
Les pieds de tomates… Cette évocation ingénue me retournait les sens mais elle mit fin à notre entretien assez brusquement :
      - C’est pas tout ça, mais je dois aller les arroser,  mes tomates ! Vous avez l’air bien gentil commissaire, venez me voir quand vous voulez. Vous me trouverez après le lierre, derrière le composteur, et si je n’y suis pas n’hésitez pas à me rendre une petite visite à la cabane à outils. Venez à n’importe qu’elle heure, j’en serais ravie et serais toute à vous !
Elle tendit une main délicate et moi, troublé, je levais, comme un imbécile, deux de mes pattes. Mais elle ne parut s’apercevoir de rien et dit, avant de s’éloigner :
      - Oh ! que vous avez la peau lisse ! Et fraiche ! C’est très agréable… A bientôt !
Je regardais bêtement les pieds - avec les ongles rouges, si rouges ! -  s’éloigner en dansant légèrement et, la gorge sèche, Je déglutis péniblement.

 

(à suivre)

 

 

 

Tous les chapitres :

  

 
 I - Une découverte intrigante :
http://alsemo.over-blog.com/article-figuoland-une-decouverte-intriguante-110155327.html

 

 II - Une rencontre inattendue : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-une-rencontre-inattendue-2-110399576.html


 III - Un désastre sanglant : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-un-desastre-sanglant-3-110597121.html


 IV - Le charnier asiatique : http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-le-charnier-asiatique-4-112230354.html


 V  -  Les granulés de la mort  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-les-granules-de-la-mort-5-113490914.html

 
 VI - Rouges, si rouges, enfin...  :  http://alsemo.over-blog.com/article-mystere-a-figuoland-rouges-si-rouges-enfin-6-113784648.html

      

 

 

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